"[...] Entre cette esthétique purement cérébrale et les poncifs académiques où ne craint pas de descendre l'art actuel, il y a place, écrit Adolphe Basler, pour les expressions sincères d'une discrète sensibilité. Sensible, quel statuaire l'est plus que Despiau, mais aussi avec quel charme intime, quelle pudique retenue! C'est Rodin qui le découvrit en 1903. Ce jeune talent était alors en train de dépouiller les volumes de tout l'accidentel : il allait vers un modelé libre et plein de franchise. Dès ses débuts, il avait répudié toute stylisation, tout embellissement décoratif, toute écriture sommaire. Il n'en conçut pas moins clairement la forme que les stylistes et sut la réaliser avec la même logique dans la belle matière : bronze ou pierre taillée [...] L'amour du vrai, poursuit l'auteur, exaspère le labeur de Despiau. Mais, plus ses bustes sont fouillés, plus ils nous émerveillent par leur fraîcheur et leur force expressive. Devant leur grave élégance et leur sérénité, Houdon et même Donatello nous reviennent à l'esprit."
Le critique d'art et marchand Adolphe Basler (1876-1951) devait consacrer l'année suivante un ouvrage général à la Sculpture moderne en France.
Aux yeux de Basler, de plus en plus attaché à la défense de la peinture de tradition française, l'oeuvre de Charles Despiau (1874-1946), "empreinte d'une beauté grecque authentique", constituait une sorte d'aubaine inespérée, l'antidote aux "cubisteries disloquées", aux "singularités exaspérées" et à la "gaucherie du symbolisme primitif."