Les Beaux-Arts réduits à un même principe - Batteux, abbé

Les Beaux-Arts réduits à un même principe

Batteux, abbé

Chez Durand, Libraire, Paris, rue Saint-Jacques, 1746.
In-12, pleine reliure basane, pièce de titre veau brun, dos à nerfs orné XIII- 291 pp.

L'ouvrage comprend un frontispice, un fleuron en page de titre et trois vignettes par Charles Eisen (Valenciennes 1720-Bruxelles 1778) et gravés par De La Fosse. Le frontispice représente Phèdre et Socrate assis sous un arbre et une source, lisant une dissertation sur Le Beau, tirée du Phèdre de Platon. Deux enfants qui se regardent dans un miroir avec des sentiments différents composent le fleuron. Dans la première vignette, une allégorie de la sculpture regarde avec complaisance le buste du jeune héros qu'elle vient de finir ; dans la deuxième, Horace, figuré dans les jardins de Préneste, écrit à Lollius qu'Homère enseigne mieux ce qu'est le bon goût que les philosophes. La troisième, enfin, représente la muse Calliope chantant des vers ; à ses côtés, un petit génie marque la cadence.
Avec un ex-libris manuscrit à la plume en page de titre [ex libris Thomas].
Rare exemplaire de l'édition de 1746.
Bon état. Coiffes frottées et coins trés émoussé (un coin maladroitement restauré dans une couleur plus sombre sur le deuxième plat) inscriptions manuscrites anciennes à la plume en page de garde (sur l'abbé Batteux)
A Monseigneur le Dauphin - Explication du frontispice et des vignettes - Avant-propos - Table des chapitres - Les Beaux-Arts réduits à un même principe - Première partie : Où l'on établit la nature des arts par celle du génie qui les produit. Chap. I. Division et origine des arts - Chap. II. Le génie n'a pu produire les arts que par l'imitation : ce que c'est qu'imiter - Chap. III. Le génie ne doit point imiter la nature telle qu'elle est - Chap. IV. Dans quel état doit être le génie pour imiter la belle nature - Chap. V. De la manière dont les arts font leur imitation - Chap. VI. En quoi l'éloquence et l'architecture diffèrent des autres arts - Seconde partie : Où l'on établit le principe de l'imitation par la nature et par les lois du goût. Chap. I. Ce que c'est que le goût - Chap. II. L'objet du goût ne peut être que la nature. Preuves de raisonnement - Chap. III. Preuves tirées de l'histoire même du goût - chap. IV. Les lois du goût n'ont pour objet que l'imitation de la belle nature - Chap. V. I. Loi générale du goût : qu'ils imitent la belle nature II. Loi générale du goût : que la belle nature soit bien imitée - Chap. VI. Qu'il y a des règles particulières pour chaque ouvrage, et que le goût ne les trouve que dans la nature - Chap. VII. Conséquence. Qu'il n'y a qu'un bon goût en général et qu'il peut y en avoir plusieurs en particulier - Chap. VIII. Conséquence. Les arts étant imitateurs de la nature, c'est par la comparaison qu'on doit juger des arts. Deux manières de comparer. - Chap. IX. Conséquence. Le goût de la nature étant le même que celui des arts, il n'y a qu'un seul goût qui s'étend à tout, et même sur les moeurs - Chap. X. Dernière conséquence. Combien il est important de former le goût de bonne heure, et comment on devroit le former - Troisième partie : Où le principe de l'imitation est vérifié par son application aux différents arts. Section première - Chap. I. Où on réfute les opinions contraires au principe de l'imitation - chap. II. Les divisions de la poésie se trouvent dans l'imitation - Chap. III. Les règles générales de la poésie des choses sont renfermées dans l'imitation - chap. III. Les règles de la poésie du style sont renfermées dans l'imitation de la belle nature - Chap. IV. L'Epopée a toutes ses règles dans l'imitation - Chap. V. Sur la tragédie - Chap. VI. Sur la comédie - Chap. VII. Sur la pastorale - Chap. VIII. Sur l'apologue - Chap. IX. Sur la poésie lyrique - Section seconde - Sur la peinture - Section troisième, Sur la musique et sur la danse. Chap. I. On doit connaître la nature de la musique et de la danse, par celle des tons et des gestes - Chap. II. Toute musique et toute danse doit avoir une signification, un sens - Chap. III. Des qualités que doivent avoir les expressions de la musique et celles de la danse - Chap. IV. Sur l'union des beaux-arts - Table des matières - Approbation.

L'abbé Charles Batteux (1713-1780) a d'abord enseigné la rhétorique à Reims, puis les philosophies grecque et latine à Paris, avant d'entrer à l'Académie française en 1761. Son essai sur Les Beaux-Arts réduits à un même principe (1746), sa première publication importante, en fit un des théoriciens les plus connus de la doctrine classique de l'imitation. "On se plaint tous les jours de la multitude des règles, écrit l'auteur dans son avant-propos. Elles embarassent également et l'auteur et qui veut composer, et l'amateur qui veut juger. Je n'ai garde de vouloir ici en augmenter le nombre. J'ai un dessein tout différent : c'est de rendre le fardeau plus léger, et la route simple." Selon sa doctrine, les "beaux-arts" sont beaux parce qu'ils se distinguent des "arts" proprement dit. Cette distinction porte précisément sur leur rapport à la nature : tandis que les "arts" (les techniques) ont pour finalité d'utiliser et de parfaire la nature, les "beaux-arts" imitent la nature. Cette imitation situe d'emblée les "beaux-arts" dans la sphère gratuite et autonome qui les fait échapper au régime d'utilité auquel sont vouées les techniques. Selon Batteux, l'imitation est un rapport à la nature qui situe l'activité artistique et l'expression esthétique dans un moment "libéral". En précisant que l'imitation ne se réduit pas à être une stricte copie, une réplique de choses déjà existantes, Batteux entend démontrer que l'imitation cherche à atteindre un point de vérité qui n'apparaît point dans l'observation ordinaire. La démonstration de Batteux peut sembler de prime abord paradoxale : la "belle nature", plus vraie que celle que nous avons sous les yeux, serait un objet non-existant, une sorte d'archétype, un original perdu que l'artiste "rend" par son art. L'auteur va jusqu'à suggérer que la fiction pourraît être le modèle de la vérité. A cette fin, il oppose -à la suite d'Aristote- l'histoire (le réel) à la poésie (la vraisemblance). Grâce au modèle de la poésie, Batteux dégage la signification de l'imitation : cette dernière n'est pas une copie servile de la nature, mais une construction. Si la vérité peut se rencontrer dans le réel, elle n'atteint sa pleine dimension que sous la forme de la fiction. La poésie, qui décrit les choses "telles qu'elles doivent être" en se plaçant au stade des généralités, est de ce point de vue "plus parfaite" que l'histoire, qui renvoie, elle, à la platitude du réel. La "belle nature" que la poésie se propose d'imiter est donc une sorte de moment idéal, un archétype, dont le réel ne serait qu'une actualisation particulière et affadie. La copie selon Batteux ne retrouve pas l'original, elle l'invente. C'est en quelque sorte une définition bien peu classique de la théorie classique de l'imitation... qui fait toute l'originalité de ce traité, maintes fois réédité du vivant de l'auteur. Les gravures, magnifiquement interprétées d'après les compositions du dessinateur Charles Eisen (1720-1778) -l'un des illustrateurs les plus prolifiques pour les éditeurs de son temps-, ponctuent superbement les théories de l'abbé Batteux.
Derniers ouvrages consultés

Batteux abbé
>